François Réau

Exposition collective Summer show#1 Matière Première 6 juillet - 24 septembre 2017 Curator Soriana Stagnitta 

Biographie

FRANÇOIS RÉAU

Né en 1978 à Niort, France.
Vit et travaille à Paris

 

EXPOSITIONS PERSONNELLES (sélection)

2018 - Draw, Institut Français de Melbourne, Australie
- Sous l’orage de roses, la nuit est éclairée d’épines, Cloitre du Domaine de la Lance, Lausanne, Suisse

2017 - Toute personne qui tombe a des ailes, Centre d’Art Les Quinconces-L’espal, Le Mans, F 2016 - Outre Paysages, Espace d’Art Contemporain de Mourenx, F

- Nuages, DDessin 2016, Atelier Richelieu, Paris, F
2015 - lille3000.
Renaissance. Musée du château de Flers, Villeneuve d’Ascq, F

EXPOSITIONS COLLECTIVES (sélection)

2017- Beyond the map, Commissaire Soriana Stagnitta, Paratissima Off Artissima, Turin, It (en préparation)  

 - Une île, Commissariat : Pauline Lisowski, le 6b, Paris Saint Denis, F

- Le 6b dessine son salon #1, commissariat Marie Gautier et Claire Luna, 6b, Saint Denis, F - L’eau textile, Musée  textile La Manufacture des Flandres, Roubaix, F

2016 - Walk the line, Galerie Duchamp - Centre d’Art Contemporain, Yvetot, F - To what extent, Palais de Tokyo, Paris

- Entrelacs, Collectif Zamaken & Galerie Valerie Delaunay, Paris, F

- Éclipse, Musée des Beaux Arts de Menton, F

- Être(s) au monde, Galerie Suzanne Tarasieve Loft 19, Paris, F 2015 - Dessin contemporain, Musée d’Art de Toulon, F

- Panorama / avec le FRAC Basse-Normandie. Château Guillaume le Conquérant, Falaise, F

- Parcours, Mons 2015 Capitale européenne de la Culture. Pôle Muséal Mons, B
2014 -
La Petite Collection, Commissariat : Ph. Piguet, C. de Bayser, A-C Guitard, Galerie White Project. Paris, F

- RN, Guoyi Art Museum - Galerie Nationale des Beaux Arts de Pékin, Chine 2013 - Paper, Thomas and Paul Gallery. Londres, UK

BOURSES & RÉSIDENCES

2017 - FAR, Bundanon, Ambassade de France, Institut Français & Bundanon Trust, Australie (en préparation) 2016 - Iconoclasses, Yvetot - DRAC Haute-Normandie, F
2015 - lille3000. Maison Folie La Ferme d’en Haut, Villeneuve d’Ascq, F
2010 - La Laverie, Centre d’Art Contemporain. La Ferté Bernard, F

PRIX & DISTINCTIONS

2017 - Finaliste avec To what extent. Concours 2016 Talents Contemporains - Fondation François Schneider, F 2016 - Finaliste avec I Land. Concours 2015 Talents Contemporains - Fondation François Schneider, F
2015 - Finaliste Prix SOON & R.L.D. Éditions, Paris, F

- Sélection FID PRIZE 2015 - International Drawing Competition
2013 - Finaliste Prix de Dessin Pierre David-Weill, Académie des Beaux-Arts, Paris, F

FORMATION

2004 - DSAA - Communication visuelle & design graphique, Ecole d’Arts Appliqués de Poitiers, F 2001 - Ecole Régionale des Beaux Arts de Poitiers, F 

Critiques

CARTOGRAPHE DU RÊVE - PORTRAIT

Charlotte Waligora, Docteur Histoire de l’Art et Critique d’art


Le soir du vernissage au Palais de Tokyo, François Réau présente sa dernière installation, précedemment vue sur DDessin 2016, intitulée To what extent, pensée dans son atelier situé dans une friche industrielle et ferroviaire du nord de Paris. D’une exposition à l’autre, le dispositif s’est déjà transformé et trouve pour écrin un espace peint en noir aux apparences néo-concrètes : rectangle noir au mur prolongé par un triangle noir au sol, à la manière des installations géométriques immatérielles récentes enracinées dans les mouvements post minimalistes. « Les idées sont là, il faut savoir les attraper. » dit-il alors que j’observe la façon dont cette oeuvre évolue et se transforme, pour atteindre un objectif que l’artiste s’est fixé quelques années auparavant, celui de réussir à s’émanciper d’un parcours classique pour conquérir les espaces de création contemporaine.

Pierre Soulage disait : « C’est ce que je fais qui m’apprend ce que je cherche. » François Réau est un chercheur que le cheminement lui-même intéresse davantage que la forme aboutie, sans cesse remise en question. Ses « navigations », entre contingences réelles, résidences, cessions d’ateliers dans une alcôve planquée au coeur d’un no mans land où se trouvent un ensemble de matériaux de récupérations qu’il envisage toujours d’utiliser dans les projets en cours, forment cette « carte précise du rêve », autrefois citée pour accompagner son travail à la mine de plomb. « J’ai besoin de me perdre, de m’enfoncer, d’aller au plus profond. » François Réau va là où il est possible d’extraire ce que la conscience, parfois, peine à nommer. La création revêt alors son plus charmant caractère autrefois définit par Bernard Réquichot qui pensait qu’en art « il y a un préconscient exact. » La question du lieu est centrale, permanente. Cette géographie ontologique, servie par un travail méticuleux, patient, au long court, où un ensemble d’éléments, parfaitement hétéroclites parviennent à cohabiter, apparaît et laisse entrevoir les parcours chaotiques et sinueux qu’il faut entreprendre pour y accéder.

Espaces entre les mots

Il pourrait s’agir de l’espace poétique, définit par André Breton en tant qu’ « espace entre les mots », de celui philosophique du mythe platonicien de la caverne, encore psychologique des profondeurs qui passionnaient Carl-Gustav Jung. De celui, mythique, du royaume grec d’Hadès, du labyrinthe crétois, du Sheol hébreux compris dans une perspective métaphorique, des profondeurs infernales dont le Christ sort victorieux après la résurrection. Géologique, enfin, du magma bouillonnant situé au centre de la terre. Un espace où se livrent tous les combats qu’un être puisse avoir à mener avec et contre lui-même. Ce que l’on tait doit, en art, prendre corps. La question de la forme est essentielle. Quelle forme donner à la complexité d’une présence au monde habitée par la question des liens, des connexions, des phénomènes de synchronicités permettant à chacun de s’élever d’une perception classique et euclidienne
de la réalité dont la cartographie fut d’abord évoquée par les poètes, puis par les peintres ? L’indicible, ce qui revêt d’une biographie préservée, se situe à l’intérieur même de ce que l’on perçoit en tant que paysage où tout se forme à l’interstice de la figuration et de l’abstraction, de l’apparition et de la disparition. Les matériaux utilisés par François Réau, papier, mine de plomb, ficelles, plomb, bois, bougies, charbon, traverses de chemin de fer, le positionne à la suite de l’Arte Povera dans ses fondements ou d’Anselm Kiefer. Leur résonnance est ancestrale. Dans son atelier, sont conservées de précieuses trouvailles dont la présence inspire toujours les installations à venir.

Précieuses trouvailles

Lorsque le paysage prend corps, dans Nuages, par exemple, c’est une chaire plissée qui se laisse entrevoir et délivre la dimension infiniment sensuelle du dessin où chaque trait est travaillé, remis en question, tracé, effacé, retracé, corrigé, fondu. Chaque pas est impérieux, vital, réalisé dans la tension comme si on pouvait dans les arts plastique aussi, « mettre sa peau sur la table », comme le précisait Céline à propos de la littérature. C’est donc entre les éléments constitutifs des oeuvres récentes qu’il est possible de se faire une idée des aspirations secrètes de l’artiste. Entre les branchages, les herbes, les arbres parfois dévastés, s’élevant d’une terre brulée apparaissant en noir et blanc, entre ombre et lumière confondues, comme dans un représentation mémorielle, s’élève un souffle à peine perceptible qui seul, pourrait faire renaitre, ou pourrait balayer les traces d’une imprécise catastrophe. Chaque homme porte en lui un noyau tragique. Chaque être qui s’extirpe de ses propres cendres revient des profondeurs avec une perception singulière du monde qui remplace toute tragédie, toute notion de bien ou de mal, de construction ou de destruction, par une forme de lucidité et de connaissance intuitive. Le maintient d’un équilibre, à la manière d’un statut quo est signifié par les plomb suspendus qui empêche peut-être encore un envol à venir ou évoque timidement l’apesanteur comme l’ancrage inébranlable sur un chemin emprunté par l’artiste en 2013, lorsqu’il a quitté l’espace limité des tableaux et des encadrements pour amener dans les lieux où il travaille aujourd’hui ses visions et ses intimes perceptions quant à la posture de l’Homme au seuil de tout ce qui nous dépasse.

Charlotte Waligora, Sept 2016

***

 

FRANCOIS RÉAU, ENTRE DESSIN ET INSTALLATION 

Pauline Lisowski, Critique d'art et Commissaire d'exposition


François Réau puise son inspiration dans ses expériences de paysage. Il expérimente les multiples possibilités qu’offre le dessin. Son travail à la mine de plomb s’apparente à de la gravure. La nature semble à la limite d’apparaître et de disparaître. Le paysage véhicule pour lui des notions plus universelles, le cycle des saisons, la renaissance. Au delà, il permet d’évoquer notre humanité et la relation de l’individu à l’espace. 


La lumière participe de cette réflexion sur le temps. François Réau utilise la mine de plomb pour laisser la lumière se refléter dans le dessin. Le spectateur est alors incité à se déplacer. Des vides laissent imaginer la nature qui se transforme sous l’effet d’un possible phénomène physique.

L’artiste cherche à dépasser les limites du dessin. Il conçoit des installations, telle une continuité de ce médium. Les objets qui l’accompagnent sont choisis pour leur force symbolique et pour leur forme. Il crée ainsi une expérience immersive pour le spectateur.

Son dessin de grand format, « Eclipse », réalisé pour l’exposition « Être au monde » du collectif  Rémanence au Loft 19 de Suzanne Tarasiève, présente une forêt. À travers le foisonnement de végétaux, des zones blanches, permettent une respiration et l’émergence d’éclats lumineux. Celles-ci suggèrent la fragilité de la nature. Au sol, du bois, des pièces métalliques teintées de rouille, composent une installation. Ces éléments glanés sont marqués par le temps. S’ils font écho à l’enchevêtrement des éléments naturels dans le dessin, leur agencement structurait l’espace.

Coup de cœur du salon DDessin 2016, il propose une nouvelle installation, un memento mori, où il met en relation deux dessins de très grand format et des fils à plomb. Un dessin présente une forme organique qui suggère aussi bien un nuage ou un autre phénomène naturel. Une œuvre abstraite y fait contrepoint: une surface recouverte d’une trame d’un gris graphite est marquée de petites incisions. Celles-ci peuvent évoquer des gouttes d’eau, la dissolution du nuage. On perçoit dans ce dessin des strates, traces du temps passé à remplir la feuille. Les fils à plomb, renvoient eux à la fois à l’histoire du dessin et à la loi de la gravité. Ils ajoutent une stabilité, un équilibre à l’ensemble. Un cycle temporel peut alors se lire entre ces pièces.

Les œuvres de François Réau associent abstraction et figuration, mouvement et stabilité, apparition et disparition. Elles expriment aussi bien l’idée d’une trace d’un souvenir que son effacement.

Pauline Lisowski, Avril 2016

***


UN CURIEUX JARDIN

Henri Guette, Auteur

 

On pense au cabinet de curiosité en tombant dès l'entrée sur des crânes. Figures de la vanité par excellence, les hommes, les animaux n'échappent pas à la fuite du temps. Entrer dans cette exposition c'est justement s'exclure du temps pour pouvoir observer son passage. Par un étrange effet de loupe, sur les dessins la tâche se confond avec le trait et tout deux font traces. On peut s'interroger longtemps sur les procédés mixtes qu'emploie l'artiste, sur la manière dont les choses bougent alors que tout semble immobile sur la toile. C'est un curieux paradoxe, les choses mortes nous disent quelque chose du vivant, de sa fragilité.


Les végétaux n'échappent pas au cycle de la vie et même les paysages sont amenés à être bousculés. Dans un subtil glissement entre l'abstrait du mouvement de crayon, ou de la coulure de peinture et la figuration d'une plante François Réau nous suggère un processus à l'oeuvre. Le vent pourrait encore souffler dans les hautes herbes. Ce qu'on pourrait appeler un instantanée, l'image fixe d'une nature en mouvement. Dans ce format du portrait, il représente autant des figures vaguement humaines que des paysages de forêts ou de plaines ; pour lui la nature est intéressante en ce qu'elle révèle de l'homme. Il s'agit pour l'artiste de toucher à l'écorce des choses et on croit d'ailleurs reconnaître l'empreinte du boulot dans le mouvement du crayon.

L'artiste affectionne la mine de plomb dans son travail pour les éclats métalliques ainsi laissés sur le papier. Il est persuadé comme Soulages a pu le dire ailleurs que de l'obscurité peut jaillir la lumière. C'est tout le propos d'ailleurs de l'installation qu'il propose dans la galerie où de grands lais de papiers rayés de noir renvoient la lumière autant qu'ils nous ramènent à la nuit primitive. Il faut imaginer la caverne nous confie François Réau, celle de Platon, celles des idées bien sûr, mais aussi cette caverne dans laquelle des hommes de la Préhistoire venaient peindre dans l'obscurité, sans pouvoir voir leur travail, sans recul. On est saisi par les effets de matière qui obsèdent l’œil, cette puissance du charbon qui nous ramène là encore au paysage ; celui de végétaux fossilisés depuis des millénaires.

L'accrochage de cette oeuvre au noir fait ainsi grande impression et on retrouve dans ces gris la lumière du Nord si particulière.

Henri Guette, Septembre 2015