Zhuo Qi

Série Brique - 2016 - brique et or 22KT 12,5 x 10,5 x 4,5 cm - Pièce unique

Biographie

QI Zhuo

Né en 1985 à Fuxin, Liaoning, Chine.Il travaille à Paris.

EXPOSITION PERSONNELLE
10.03.2017 I BURNED ANGELS, Edmond Gallery, Berlin
11.02.2016 Les pétards font vivre les voisins dans la paix et l’harmonie, Galerie untilthen, Paris
10.11.2015 Working in progress, Galerie OÙ, Marseille
05.02.2015 : “Fragile”, Chenaux Gallery, Paris

EXPOSITIONS COLLECTIVES
13.04.2017: Les archives du feu
19.10.2016: Détournements et distorsions, 6 Mandel, Paris, France
14.10.2016: Choséité, Galerie Épisodique, Paris, France
23.08.2016: Matieres grises et noirs desseins, Galerie porte avion, Marseille, France 03.05.2016: Salon de Montrouge 16, Montrouge, France
30.04.2016: Contemporary Ceramics, Art Beijing, Beijing, Chine
24.02.2016: KAO EXPORT LTD, Musée national Adrien Dubouché, Limoges,France. 19.10.2015: Private Choice15, Paris, France
30.05.2015: "Confronting Anitya", Musée de Salagon, Mane, France.
09.01.2015 : “Remarquer la porcelaine”, Wroclaw, Pologne.
08.12.2014: “Transit”, Bazaar Compatible Program, Shanghai, Chine.
03.12 2014 : “1320°”, Jingdezhen Ceramic Institute, Jingdezhen, Chine.
09.11 2013: “INSIDE OUT”, Commune de Bardonnex et Genève, Suisse.
05. 10 2013 : “Grande Image Lab. ”, Nuit Blanche, Paris, France.
06.09.2013 : “Sous Conditions”, Centre d’art Ile Moulins’ art, Pays de la Loire, France. 13.10.2012: “Ecce homo Ludens” saison suisse “le jeu dans l’art contemporain”, Musée Suisse du Jeu, La Tour-de-Peilz, Suisse.

Formations:
2014-2015: Post-diplôme Programme KAOLIN de l'ENSA Limoges, France.
2013-2014: Post-diplôme DAS – REALisation - Céramique & Polymères, Haute École d'Art et de Design Genève, Geneva University of Art and Design, Genève, Suisse.
2011-2013: École supérieure des Beaux-Arts du Mans (DNSEP, Diplôme national supérieur d'expression plastique avec félicitations du jury), Le Mans, France.
2008-2011: École supérieure des Beaux-Arts du Mans (DNAP, Diplôme National d’Arts Plastiques), Le Mans, France.

Résidences :
2017: Cité internationale des Arts, Paris, France
2017:Résidences La Borne, Centre céramique contemporaine La Borne, La Borne, France
2015 : OÙ lieu d’exposition pour l’art actuel, Marseille, France
2014 : JCI (Jingdezhen ceramic institute) de Jingdezhen, Chine
2013 : Centre d’art Ile Moulins’ art, Pays de la Loire, France. 

Critiques

En franchissement(s)

Par Gaya Goldcymer

Dans Le Mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient, paru en 1905, Sigmund Freud reprend une histoire juive qui se transmet de génération en génération : « Dans une gare de Galicie, dans un train, deux Juifs se rencontrent : “Où vas-tu ?” demande l’un. Le second répond au premier : “Je vais à Cracovie.” “Regarde-moi ce menteur !” s’exclame le premier, furieux. “Si tu dis que tu vas à Cracovie, c’est bien que tu veux que je croie que tu vas à Lemberg. Alors que je sais que tu vas vraiment à Cracovie. Alors pourquoi tu mens ?” »

Dans ce récit aphorique, tous les éléments constitutifs de la démarche de Qi Zhuo sont en travail : le rapport à la langue, trésor des signi ants cher à Lacan, le glissement imperceptible de sens, le décalage, l’absurde ou le nonsense. Et, dans le choc d’une langue à l’autre, de la chinoise à la française : le surgissement du mal entendu.

Mais chez Qi, il y a aussi ce que Freud nous dit du franchissement des frontières qui, plus que le passage d’un lieu ou d’un territoire à l’autre, est le passage vers une autre langue et une autre pensée. Ceux qui, comme nous, sont plurilingues, connaissent les jeux de mots, les lapsus, les raccourcis incongrus ou les accélérations que provoque cette multi-appartenance. Contacts de langues et fusions inopinées qui produisent des mots nouveaux et de nouvelles images. C’est là, à ce carrefour, que se situe Qi.

À la manière des performances Dada où le textuel et le visuel font corps, il joue et se joue de ces faits d’interférence qu’il expérimente dans sa vie et dans sa production. Il martyrise sa peluche-porcelaine, brûle des vases blancs de 205 cm de haut, mange une assiette, crée un tas, puis pose d’étranges bouchons en forme de liane sur d’autres vases blancs, retourne un Mickey comme un gant, casse deux briques, imagine un cheval-serpillère-dada ! Une traversée fantastique à partir du matériau vidéo et de la porcelaine délicate, reliant la Chine à Limoges, une traversée du monde à partir d’objets du quotidien qu’il ré-enchante : dans un grand éclat de rire. Dansant sur le volcan. Superbe.

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QI Zhuo

Par Matthieu Lelièvre

je ne suis pas positif, je ne suis pas négatif. je suis poétif.

Le jeu et les détournements, de la céramique en particulier, sont devenus pour Qi Zhuo une pratique artistique en soi. Parce que son histoire personnelle est aussi faite de décalage de compréhension ou de langage, ceci explique ses titres et actions artistiques qui semblent parfois relever de la boutade ou du cadavre exquis. Il ne fait pas table rase de la tradition, mais la manipule comme un langage pour la réinventer.

« J’ai allumé un vase », démontre l’ingéniosité que Qi Zhuo déploie en alliant deux pratiques qui, si elles sont liées au feu, n’en sont pas moins antagonistes. Le recueillement et le silence que l’on attache à la porcelaine contraste avec le tintamarre incontrôlable du pétard destiné lors du Nouvel An, des mariages ou toute autre célébration, à effrayer Nian, un animal légendaire féroce. En recourant à des pétards placés dans la pate céramique crue, l’artiste introduit un élément perturbateur : le hasard. Ce hasard de la poudre qui explose dans n’importe quelle direction et qui perturbe l’absolu ordonné, la perfection. L’art de la maîtrise technique est ici contredit par la puissance de l’aléatoire. Une sorte d’acte libérateur. La consécration ne relève plus ici de la perfection formelle : C’est l’objet hybride de deux traditions, une sorte de happening perturbant le séculaire, avec humour et dérision.

La série « J’ai brûlé une peluche » pauvres doudous plongés dans de la porcelaine pour être ensuite brûlés ou encore « un, deux, trois, quatre, cinq », une série des mains qui comptent, témoignent de ce syncrétisme culturel. Ces dernières sont des récupérations de déchets de figurines en céramique. La sculpture est ici au service d’une production de masse, mais cette industrie n’exclue pas les ratés et les défauts et produit donc ses propres déchets. Qi Zhuo les a récupéré et restauré selon la technique japonaise du kintsugi. Cette dernière ne vient pas nier l’histoire d’un objet mais en embrasse les accidents le fait entrer grâce a la restauration dans une nouvel ère de sa propre histoire. Ces mains de Mao et de Buddha viennent en conter de nouvelles faisant de Qi Zhuo un assembleur de traditions, de techniques et de langages. 

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Il faut bien souffrir pour être beau. Des sculptures de peluches.

Philippe Méaille

Il n’y aura aucune polémique si je dis que les Chinois nous ont tout appris, que nous n’avons fait que rattraper notre retard, courir après eux. Et même si l’invention de la porcelaine nous a échappé de peu, l’Histoire nous rappelle la réalité. Peu de sculptures occidentales ont été faites en porcelaine et on leur associe souvent comme adjectifs, étonnement et virtuosité. Mais il est devenu aujourd’hui un des matériaux de production de masse les plus utilisés, et donc aussi un des plus défavorables à la sculpture, car soi- disant bas de gamme. De même, l’activité de sculpteur est devenue très contestée. On a annoncé son obsolescence lors de l’invention de l’imprimante 3D, cette technologie, en effet, permet de dupliquer quasiment n’importe quel objet, et est devenue en quelques années d’un emploi assez courant. Dans leur fonctionnement, ces imprimantes sont fascinantes, on remarque que leur métier est de cartographier, d’être capable de situer un point à l’intérieur d’un volume donné. Ensuite les données sont fournies à un robot qui lui, va se charger de matérialiser cette carte 3D.

Quand j’ai vu ma première sculpture de Zhuo Qi chez un ami, je me suis tout de suite demandé si une imprimante 3D accepterait d’en faire une copie, tellement la tâche me paraissait impossible. Puis j’ai pris cette peluche dans mes mains, et j’ai réalisé qu’en fait, elle était en porcelaine et légère comme une coquille d’œuf, complètement à l’opposé de ce que pourrait être une sculpture traditionnelle. En fait, cette proposition concernant la sculpture n’est pas si simple, car une peluche est déjà censée représenter un animal, un moyen d’offrir un animal à un enfant sans prendre le risque d’offrir un animal, un succédané en quelque sorte, une guration, c’est en tout cas déjà une copie. On attache à ces peluches un caractère gentil, doux, des sensations venues de l’enfance. Une de mes premières questions à Zhuo Qi, a été de savoir pourquoi il n’avait pas pris l’animal comme modèle. C’est là qu’il a commencé à m’expliquer son processus de fabrication très simple mais précis : tout d’abord, prenez la peluche et trempez-la dans la porcelaine liquide, faites-la sécher, et enfin, placez-la dans un four à porcelaine à plus de 1300 °C. Quand la peluche est vaporisée, reste seulement la porcelaine. Ensuite, dans son in nie gentillesse, Zhuo Qi m’expliqua qu’un vrai chien aurait explosé dans le four, que la cuisson était trop chaude, et que de toute façon la porcelaine n’aurait pas adhéré sur ses poils ; mais qu’en ce qui concerne le vivant, il pourrait être intéressé d’utiliser un intestin d’animal comme un moule, pour rendre hommage à Manzoni et sa ‘Merde d’Artiste’.

Je m’interroge toujours sur le statut de cet objet en porcelaine, étant donné qu’il n’est pas à proprement parler issu d’un moulage, ou alors en inversant les rôles, l’objet devient le moule, et le moule l’objet ; ce qui veut dire, par référence à ‘La chasse au Snark’ de Lewis Carroll que la carte est devenue plus grande que le monde lui-même et donc qu’elle en empêche la vision. Collectionnant Art & Language, je dirais pour parodier leur ‘Map of Itself’, que cet objet devient un ‘Object of Itself’ parce que la peluche ayant été détruite, la carte et l’objet ne font plus qu’un. Dans ce processus, on assiste à la création d’une carte extraordinairement précise et sans faille de l’objet, malheureusement celle- ci s’accompagne de la destruction de l’objet qui vient d’être cartographié. Et cet unique défaut, qui est de détruire le maître-objet, a des conséquences : on se retrouve dans

une position où le seul choix restant est de faire con ance à la carte, l’objet n’existe plus comme s’il n’avait jamais eu d’importance. Il y a comme un renversement de valeurs, c’est la carte qui nous dit comment il faut regarder l’objet, ou plutôt comment il aurait fallut regarder l’objet.

On dit du football que le niveau est tel aujourd’hui, que le but procède de l’évènement le plus improbable à travers le geste le plus improbable. On pourrait appliquer cette phrase aux sculptures de Zhuo Qi en particulier, et même à son activité d’artiste en général. Il se situe dans le champ de l’improbable, avec ses peluches bien sûr, mais aussi quand il soude deux marteaux ensemble, qui ainsi deviennent des objets, soit inutilisables, soit performatifs, soit décoratifs suivant qu’on les trouve dans une boite à outils, sur une commode ou dans un musée ; dans leur absurdité, ces deux marteaux pourraient même illustrer le drapeau d’un parti politique anti-travail. On retrouve aussi cette radicalité dans la pratique quotidienne de Zhuo Qi, dans cette obligation d’artisanat inhérente au matériau choisi. Je l’imagine assez facilement arriver à son atelier, regarder ses peluches, les toucher, les sentir, pour décider de les cuire ou non ; et quand on en vient à juger que le moment de cuire une peluche enduite de porcelaine est venu, alors, je plaide pour une attitude irrationnelle, je situe ce geste dans l’improbable. C’est pour moi, exactement ce genre d’attitude qui illustre le mieux la définition que Sol LeWitt a donné de l’Art Conceptuel en 1967, en disant que : « 1 - les artistes conceptuels sont mystiques plutôt que rationnels. Ils arrivent à des conclusions que la logique ne peut atteindre. ... »

Une seule fois, lors d’essais, Zhuo Qi a décidé de ne pas utiliser son four, il a ainsi décidé que l’objet était ni même s’il n’était pas cuit. Ce Mickey, dont il a mis l’intérieur à l’extérieur, donne un résultat digne des meilleurs lms d’horreur (les yeux exorbités et les coutures pour cicatrices), et est devenu une icône de son travail. En étant le seul à ne pas avoir été cuit, il est la seule preuve que l’objet a existé.