Damien Odoul

Exposition en cours / Les Visions - du 17 mars au 23 avril 2016

Dossier de presse de damien odoul Dossier de presse de damien odoul (5.5 MB)

La GALERIE LAURE ROYNETTE présente Les Visions de damien odoul

- du 17 mars au 23 Avril 2016

Lors d’une marche solitaire en forêt, damien odoul tente de trouver un écho à l’affirmation du poète allemand Friedrich Hölderlin qui écrivait, « c’est poétiquement que l’homme habite cette terre…». Comment habiter poétiquement la forêt tout en sachant qu’elle est devenue lieu d’exploitation et de production de masse ?
Depuis 2008, damien odoul vit la plupart du temps en Lozère dans un massif forestier au coeur du Parc National des Cévennes. C’est dans cet environnement qu’il débute sa recherche autour des Visions, en photographiant des centaines de clichés à l’intérieur de peuplements d’épicéas, de pins noirs d’Autriche, de Laricio de Calabre, de pins sylvestre…
Dès son adolescence, son oncle lui a appris le maniement de la tronçonneuse et des outils de la forêt. Plus tard, pour subvenir à ses besoins, il a travaillé chez un forestier avec des bucherons.
En parallèle, la pratique des arts martiaux dits « internes » a influencé son approche photographique en y apportant une dimension supplémentaire puisqu’au moment d’appuyer sur le déclencheur, il fait jaillir la force interne (fa-li) qui apporte ce léger mouvement flou et fluide à chacune des images, qui lors du tirage donne un effet pictural.
Cette forêt dans laquelle il travaille et vit, devenue forêt d’exploitation pour du bois de sciage d’où la présence dominante de conifères, n’a plus rien à voir avec la forêt de notre imaginaire. C’est en cela que les Visions tentent une exploration différente de ce lieu fantasmagorique.

L’exposition est constituée de dix photographies, un dispositif sonore qui diffusera le poème du milieu 88 et une vidéo d’art inédite de damien odoul.
Ce projet naît de l’interaction de ces trois formes à travers lesquelles le visiteur est invité à pénétrer dans cette forêt «déracinée» qui nous rappelle autant les rêves que les cauchemars de l’enfance.

 

During a solitary walking in forest, damien odoul tries to find an echo in the assertion of the German poet Friedrich Hölderlin who wrote, " it is poetically that the man lives in this earth ". How to live poetically in the forest while knowing that it became place of exploitation and mass production?
Since 2008, damien odoul lives most of the time in Lozère in a forest massif at the heart of the National park of the Cévennes. It is in this environment that he begins his research around the Visions, by photographing hundreds of shots inside spruce stands, black pine of Austria, Calabria Corsican, pines…
As a teenager, his uncle taught him the handling of the chain saw and tools of the forest. Later, to support himself, he worked at a forest with loggers.
In parallel, the practice of the martial arts so-called « internal" influenced his photographic approach by bringing an extra dimension because at the time of pressing on the trigger, he makes out the internal strength/force (fa-li) that brings this light fuzzy and fluid movement to each images, which during the drawing gives a pictorial effect.
The forest in which he lives and works, now operating forest of sawn timber whence the dominant presence of conifers, has nothing to do with the forest of our imagination. This is why the Visions try a different exploration of this phantasmagorical place.
 
The exhibition consists of ten photographs, a sound device which will broadcast the poem middle 88 and an unpublished video of art of Damien Odoul.
This project arises from the interaction of these three forms through which visitor is invited to penetrate in this "uprooted" forest that reminds us as much the dreams as the nightmares of the childhood.

Biographie

Damien Odoul, né en 1968, est un artiste contemporain, cinéaste et poète de langue française.
Depuis 1988, damien odoul a écrit et réalisé 11 courts-métrages, 3 documentaires de création, 1 téléfilm et 7 longs-métrages.
Son second film, « Le Souffle » est récompensé par le Grand Prix du Jury et le Prix Fipresci à la Mostra de Venise en 2001 et vendu dans 14 pays.

Damien Odoul écrit deux premiers recueils de poèmes avant de se consacrer aux Poèmes du milieu, 1 à 39, qu’il interprète sur France Culture dans le cadre de l’Atelier de Création Radiophonique. Il termine en 2010 les Poèmes du milieu, 40 à 88, aboutissement de ce travail débuté en 2004. Une lecture a eu lieu au théâtre des Bouffes du Nord dans le cadre du Festival Paris en toutes lettres en 2010, et au Festival d'Avignon en 2011 en direct sur France Culture ainsi qu'au Centre international de poésie Marseille (cipM) en 2012.
En 2007, damien odoul expose une installation vidéo et des photographies intitulées « Virtual fight et lymphatique » dans le nouvel espace de la galerie Kamel Mennour à Paris.
En 2012, après 5 ans de tournage et 1 an de montage, il termine « La richesse du loup », qui sera sélectionné au FID Marseille et au Festival de Locarno. Le film sera distribué en salles en 2016.
En 2013, damien odoul fonde SYLVART, un projet expérimental et novateur situé dans la zone centrale du Parc National des Cévennes (Patrimoine Mondial de l’Unesco). Des artistes avec un handicap mental, reconnus internationalement, sont invités à créer et à vivre une expérience unique reliant art et environnement au coeur de la forêt. En juin 2014, la première résidence accueille un groupe de 5 artistes handicapés mentaux en provenance de Belgique. Conjointement à cette résidence artistique, il crée ART VS WILD : une websérie de 36 minutes dont il réalise 4 épisodes, produite par Arte Creative.
En 2015, le cinéaste termine son septième long-métrage intitulé La peur, librement adapté du roman de Gabriel Chevallier. Il remporte le Prix Jean Vigo 2015. Le film est sélectionné aux Festivals de Toronto, Varsovie, Gand, Genève...

En 2016, il prépare une exposition photographique, installation sonore et vidéo intitulées Les Visions à la Galerie Laure Roynette du 17 mars au 23 avril.

Damien Odoul est Lauréat de la Villa Kujoyama 2017.

http://www.villakujoyama.jp/annonce-des-resultats-du-comite-de-selection-laureats-2017-2/

Expositions et performances

2016  Projection de la websérie ART VS WILD au MADMusée de Liège         
         Muratore
, texte et création originale de damien odoul, diffusée sur France Culture

         Solo show Galerie Laure Roynette Les Visions

2015  Lecture du «poème brut» dans le cadre de la carte blanche à Christian Berst au théâtre de la Reine Blanche

2014  SYLVART, résidence d’artistes handicapés belges, avec Tony Coopman, Laura Delvaux, Julien Detiège, Jean-Marie
         Heyligen et Alain Meert

2013  La richesse du loup (extraits du long-métrage), vidéo d’art - Domaine de Chamarande Essonne, dans le carde du
         programme régional de résidence en Ile de France (invité par Frank Smith)

         SYLVART, fondation du centre d’art brut environnemental dans le Parc National des Cévennes

2012  Poèmes du milieu, 1 à 88, lecture et performance au cipM (Centre International de la Poésie de Marseille)
         Albert Luthuli International Convention Center, Durban (Afrique du Sud), lecture à deux voix (français/zoulou)

2011  MÉFAUSTI, théâtre Les Bouffes du Nord, création et mise en scène d’après La Tragique Histoire du docteur Faust de
         Christopher Marlowe, diffusée sur France Culture

         Poèmes du milieu, 40 à 88, Festival d’Avignon - Musée Calvet, Performance/lecture avec Mathieu Amalric, diffusée
         en direct sur France Culture

2010  Poèmes du milieu, 1 à 39, Les Bouffes du Nord, Performance musicale avec Stephan Zimmerli du groupe Moriarty dans
         le cadre du Festival Paris en Toutes Lettres

2009  Lecture/performance, Centre International d’Art et du Paysage – Ile de Vassivière, dans le cadre des rencontres ping
         pang pong et projection de vidéos d’art

2008  Lecture/Slam, Galerie Kamel Mennour

2007  Virtual fight et lymphatique, Galerie Kamel Mennour - Paris 6ème, installation, vidéo et photographies
         Vente des oeuvres au Musée Géo-Charles d’Echirolles
         Poèmes du milieu, 1 à 39, Eglise Saint Eustache, Lecture/performance, diffusée sur France Culture, Atelier de Création
         Radiophonique (ACR)

         Kagami toy, Galerie Martine Aboucaya, projection vidéo d’art

2006  Serial, La centrale électrique - Zoo – Bruxelles, projection vidéo d’art
         Ma vie de château - Voyage en Grèce - Le moine, Digital Video Art fair 2006 - Hôtel Kube, Damien Odoul, invité
         d’honneur, vidéos et performance

         Animal natum est ut morior, Galerie Inknight 64, vidéo et photographies

2005  Le cassage de bois qui aura pour denier mot la fève, Les Frigos - Jean-René de Fleurieu - Paris 13ème, Performance,
         vidéo et photographies

éditions - poésie

2008  Poèmes du milieu, 40 à 88, Archimbaud Editeur
2007  Poèmes du milieu, 1 à 39, Editions Lume
2001  Faux haïku d’un occidental pas très orthodoxe, Editions Lucien Souny
1987  Dix-neuf pour rien, Éditions NPC (épuisé)

vidéos d'art

2016  LA FORÊT AGISSANTE RESERVE DE VIE
         numérique, couleurs, 6'30''

2007  SHADOW 1 & 2
         numérique, couleurs, 5'45''

2006  SERIAL
         numérique, couleurs, 6'

2005  MA VIE DE CHATEAU
         numérique, couleurs, 14'

2004  VOYAGE EN GRECE
         numérique, couleurs, 4'

2003  EN TEMPS DE PAIX Y’A RIEN A FOUTRE
         numérique, couleurs, 4'

2003  THE MONK
         numérique, couleurs, 8'

2003  KAGAMI TOY
         numérique, couleurs, 1'35''

Longs-métrages

2014  La peurnumérique, couleurs, 93’, Prix Jean Vigo 2015, produit par JPG Films, Tu vas voir et ARTE France cinema,
          distribué par Le Pacte et Wild Bunch, avec Nino Rocher, Eliott Margueron, Théo Chazal et Patrick de Valette
          Festivals de Toronto, Gand, Genève, Montréal, Morelia, Anaba…

2012  La richesse du loup, numérique, couleurs, 86’, produit par D.O.Films et distribué par Le Pacte,
          Festival international du film de Locarno, F.I.D Marseille, Sao Paulo, 2012 / Festival Ecrans d’hiver à Vilnius, 2013

2011  Le reste du monde, téléfilm, numérique, couleurs, 82’, diffusé sur Arte le 14/12/12, produit par Arte France et
          D.O.Films, avec Marie Eve Nadeau, Emmanuelle Béart et Charles Berling, Festivals de Rotterdam, Hong-Kong,
          Edimbourg, Shanghai, Durban, Melbourne, Namur, Kaohsiung, Sao Paulo, 2012 /
          Göteborg, festival Ecrans d’hiver à Vilnius, 2013

2006  L’histoire de Richard O.35mm, couleurs, 75’, produit par D.O.Films, avec Mathieu Amalric, Mostra de Venise,
          Sélection officielle « Orizonti », 2007, Stockholm International Film Festival, 2007, Festivals de Mexico, Hong-Kong,
          London, Sétubal, Melbourne, 2008 - DVD Bac Films

2003  En attendant le déluge, 35mm, couleurs, 81’, produit par D.O.Films avec Pierre Richard, Anna Mouglalis et
          Damien Odoul, Festival de Cannes « Quinzaine des réalisateurs », Festivals d’Edinburgh, Tübingen, 2004 / Dublin,
          2005 / Cluj, 2006 - DVD Metro Tartan Video

2002  Errance, 35 mm, couleurs, 95’, produit par Morgane Production, D.O.Films et Wild Bunch,
          avec Laetitia Casta et Benoît Magimel, Festivals de Toronto, Stockholm, 2003, Festival de Dublin,
          2004 - DVD Wild Side Video

2001  Le souffle, 35 mm, noir & blanc, 77’, Grand Prix du Jury et Prix Fipresci au Festival de Venise,
          Prix de la mise en scène au Festival de Bratislava et Prix Michel Simon d’interprétation masculine
,
          Festivals de Toronto, Montréal, New-York, Thessalonique, Moscou, Hong-Kong, Pusan, 2001,
          Festivals de Vienne, Saragosse, Brasilia, Stockholm, Midnight Sun Film, 2002, Achat Canal+, 2002 /
          sortie en salles le 07/11/01- DVD MK2 Vidéo

1992  Morasseix, Super 16/35 mm, couleurs, 91’, produit par D.O.Films et La Sept/Arte,
          avec Damien Odoul, Valérie Allain et Dora Doll, sélectionné à la « Venice Days »,
          Edinburgh, Tubingen, 2004 / sortie en salles le 13/10/04

L’intégrale des longs-métrages a été présentée aux Festivals d’Édimbourg et Tübingen (Masterclass) en 2004

Court-métrages & Documentaires de création

2013 Le temps des transhumances, numérique, couleurs, 26’

2009 La folle parade, numérique, couleurs, 40’, diffusé sur France 2

2006 Anima, Super 8/35mm, sépia, 2’

2003  Les barbots, 35 mm, couleurs, 24’, Festival Ciné 32 à Auch, programme Court-Circuit, 2003
          Festival Paris Tout Court, 2007, diffusé sur Arte

2002  Le joug, numérique/35mm, noir & blanc, 5’, produit par Agora Films, Festival de Cannes, Le Havre, Grenoble,
          Bordeaux, Aix-en-Provence 2002

1995 Elegeia, 35 mm, couleurs, 6’, produit par Humbert Balsan, programme l’Art du Court, 2006

1991 TOB (Tête d’Oeuf Bouilli), 35 mm, noir & blanc et couleurs, 13’

1990  A l’ouest de l’orient, 35 mm, couleurs, 17’,  Prix Spécial du Jury, Festival de Clermont-Ferrand,
          Prix de Qualité CNC
, Festival de Cannes « Perspectives », Bratislava, Namur, Nuit des jeunes créateurs, 1990,
          Festival Paris Tout Court, 2005 

1989 Tchécoslovaquie 68 / 89, inédit, 35 mm, noir & blanc, 12’

1988 La douce, 35 mm, noir & blanc, 13’, Festivals d’Orléans et Bastia, 1990

L’intégrale des courts-métrages a été présentée à la Cinémathèque Française en 2007 et au Festival Côté-Court de Pantin en 2008

Communiqué de presse de l’exposition chez Kamel Mennour - 2008 par Marie-Cécile Burnichon

VIRTUAL FIGHT ET LYMPHATIQUE

Né en 1968, Damien Odoul est à l’origine d’un univers inclassable par son style. Se déployant à la fois dans le cinéma, la performance et la poésie, son oeuvre « heurte sans cesse les limites que l’histoire a assignées aux genres»*. En une quinzaine d’années, Damien Odoul a écrit et réalisé des dizaines de vidéos d’art, 9 courts-métrages, 3 documentaires de création et 6 longs. Le souffle a été récompensé par le Grand Prix du Jury à Venise en 2001. En attendant le déluge, fable hédoniste sur les plaisirs de la vie à l’aube de la mort, fut sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes tandis queL’histoire de Richard O. a été vendu dans une quinzaine de pays et sélectionné à la Mostra en 2007. Créateur prolifique aux multiples sentiers, il a écrit Les poèmes du milieu, « poésie viscérale » selon ses propres termes, où les mots culbutent entre le sens et le son, murmurent, explosent à travers le souffle de l’artiste. Autant d’hommes dans un seul homme…

Initié à la boxe par son grand-père maternel qui fut champion dans les années 20, Damien Odoul a pratiqué lui-même la lutte gréco-romaine. Dans son oeuvre et sa vie, art et combat s’entrelacent inlassablement, comme une mobilisation d’énergie, une déflagration entre deux masses corporelles, un mélange d’humeurs en forme de résistance à l’hygiénisme de la pensée. Pour son exposition au Tube-Espace expérimental de la galerie Kamel Mennour, Damien Odoul imagine un match improbable et génial entre Fabrice Bénichou et Brahim Asloum.

Bénichou, 43 ans, trois fois champion du monde et cinq fois champion d’Europe, enfant rebelle de la boxe au courage légendaire, aux torse et bras recouverts de tatouages.

Asloum, 28 ans, nouvelle coqueluche de la boxe française…

A travers ce portrait en forme de Janus, Damien Odoul retrouve le mythe du double qui traverse l’ensemble de son oeuvre. Dans la première salle, deux triptyques photographiques montrent les boxeurs face à l’objectif. Cadrage serré sur les visages et les poings saisis dans leur élan. Instantanés révélateurs de leurs « coups » spécifiques. Réminiscences baconiennes dans le flou de ces images-temps : là où le geste s’accélère, la couleur s’intensifie jusqu’à s’annuler. Formant comme une séquence chrono-photographique, le mouvement semble passer d’une image à l’autre.

Suspendu, le temps devient mouvement dans les deux vidéos, qui sont elles aussi parcourues par l’obsession de la dualité. Non seulement synchrones entre elles, elles sont également construites de façon symétrique. Filmés dans un premier temps pendant un entraînement au sac de frappe, les deux boxeurs exécutent ensuite un shadow (qui donne son titre à la vidéo) : exercice lors duquel le sportif travaille sa réactivité en anticipant sur ses propres mouvements dans le miroir.

Le résultat est une schizophrénie troublante et efficace. Bénichou se montre batailleur et «ferrailleur » tandis qu’Asloum apparaît davantage comme un « styliste ». Damien Odoul semble situer précisément dans cette alternative la transformation de la boxe d’aujourd’hui, qui pour lui, « quitte l’érotisme pour devenir pornographique », c’est-à-dire moins un dérèglement et une explosion qu’une mécanique rationnelle et raisonnée.

Fait inhabituel, on entend dans les vidéos les deux boxeurs jurer, pester contre leur propre reflet, à la manière des petites phrases assassines que Mohamed Ali lançait à Georges Foreman, pour l’exciter et le perturber, pendant le match qui les opposa à Kinshasa en 1974…

Par cette rencontre fictive Asloum Bénichou, Damien Odoul rend hommage à cet épisode mythique de la boxe internationale, remporté contre toute attente par Ali. Ici, nulle victoire, nul perdant. Il s’agit comme l’indique le titre de l’exposition d’un combat virtuel (le titre anglais reprend le nom d’un jeu vidéo) et lymphatique, soit sans agressivité, sans effusion de sang. L’écart entre ces deux pôles restitue bien la variation de rythme dans les deux vidéos, en plus d’exprimer l’amplitude de l’univers de Damien Odoul, puisant dans le très actuel comme dans des valeurs antiques ou primitives (lymphatique étant par exemple un des quatre tempéraments de l’ancienne médecine humorale).

A l’entrée de l’exposition, un sac de frappe placé au-dessus d’un cairn (monticules de pierres qui servent de points de repères sur les sentiers de montagnes, dans le pays natal de l’artiste) forme un sablier, signe de la suspension du temps dans ce combat virtuel… A moins d’y voir un autoportrait de l’artiste, la tête et le corps en prise aux coups, tandis que les pieds s’ancrent solidement au sol, et d’entendre les uppercuts et les crochets comme autant de mots soufflés et d’onomatopées chaloupées.

 

* Poèmes du Milieu 1 à 39, préface de David Kessler

Citations et critiques

Jean-Pierre Rhem, FID Marseille
à propos de «La richesse du Loup»

"Sous couvert de fiction, il ne sera pas bien difficile à qui connaît un peu la filmographie et le parcours de Damien Odoul, l’une des écritures françaises les plus originales et les plus vigoureuses dès son premier long en 2001, Le Souffle, de discerner dans cette Richesse un autoportrait détourné. Et si le portraituré a paradoxalement quasiment disparu à l’image (là voilà à l’œuvre, cette fugue effective, hormis ici et là quelques plans rapides, des reflets fragiles dans des lunettes, etc.), c’est pour mieux afficher qu’il refuse de se distinguer des images filmées. Images du monde, exemplairement, obsessionnellement, glanées en France et au Japon, à la ville et à la campagne, la nuit et le jour, parmi les handicapés et en plein milieu de l’enfance. Il s’agit de se raconter en collant ensemble tout ce que par quoi l’œil a été traversé et simultanément enregistré. Mémoire vive, à vif, déroulée comme le film d’une vie, loin du bilan, plus proche d’une confession qui ne lève le voile de l’énigme sur rien, pas même sur l’acte passionné du cinéma.»

 

Benoit Delépine, les inrocks

«Le Souffle est le plus grand film français des dix dernières années.»

 

Olivier Père, Festival de Cannes, Quinzaine des réalisateurs

«Damien Odoul propose une oeuvre originale, voire révolutionnaire, parce que son intelligence de la peinture, de la musique, de la littérature et du cinéma, alliée à une énergie créatrice hors du commun, lui permettent de créer quelque chose de nouveau, d’audacieux et de bouleversant.»

 

Bernard Payen, Cinémathèque Française

«Le cinéma de Damien Odoul est fait d’intelligence et d’intuition, composé des sensations poétiques retrouvées de notre enfance. C’est un cinéma de l’emporte-pièce, sans fioritures, allant immédiatement à l’essentiel, un cinéma en prise de risque permanent, qui aime les contrastes, parlant sans cesse de la mort comme on parle de la vie».

 

Express, semaine du 14-20 mars 2016

"Buren et Odoul dans les cordes de la galerie Mennour", Cyril Thomas 

Mon premier est un artiste que l’on ne présente plus, une sorte de « pape » de l’art français, mon second ne connaît pas encore la faveur du grand public mais bénéficie d’une rumeur sulfureuse. Mon tout n’en forme pas un, mais investit pour deux expositions quasi asymétriques le nouvel espace de la galerie Kamel Mennour, au 47 rue Saint-André-des-Arts, à Paris. Daniel Buren, né en 1938, n’est toujours pas assagi, à en juger par la polémique qu’il a déclenchée autour des colonnes du Palais Royal, en demandant leur démontage si l’Etat n’était pas capable d’assurer l’entretien des « Deux Plateaux », sans doute son installation la plus célèbre. A la galerie, il propose « C’était, c’est, ce sera », ébauche de redéfinition de la notion d’œuvres in situ qui le travaille depuis toujours. Damien Odoul a fait parler de lui à l’automne avec « L’histoire de Richard O. » (avec un Mathieu Amalric serial baiseur), film explosif qui s’inscrit dans le prolongement d’« Intimité » de Patrice Chéreau , où le réalisateur filme délicatement et subtilement des corps dans leurs douleurs et leurs jouissances. Pour cette exposition, il présente « Virtual fight et lymphatique », étrange et tout aussi subtile installation vidéo.

Où en est la réflexion théorique de Buren ? Après des pièces ancrées dans un modèle prédéfini (utilisation de ruban adhésif) et comptable, celle-ci serait « située in situ » , comme une nouvelle variation autour de ses œuvres antérieures. Un tournant ? A voir, car ses installations jouent toujours de la même dialectique impliquant l’espace et les œuvres, et les réactions de l’œuvre au lieu… Les modifications de perceptions engendrées par ses créations font certes écho à ses productions antérieures. La couleur forme, façonne et déforme l’espace, tronque les perspectives et sculpte irrémédiablement de nouveaux volumes.

Damien Odoul lui, s’empare du sous-sol intitulé « le tube » avec une installation qui plonge dans les corps, leurs musculatures, voire s’immisce entre les imperfections… Et adopte le même ton et le même angle justes pour filmer ses deux boxeurs pendant une séance d’entraînement face à un miroir que ceux utilisés dans les scènes les plus crues de « l’Histoire de Richard O. ». Damien Odoul y trouvait la bonne distance (celle de la pudeur) pour effleurer l’obscène sans jamais basculer du côté de la grivoiserie ou de la pornographie gratuite. Comme s’il avait fait sienne la devise de Cocteau : « La pornographie, c’est l’érotisme de l’autre ». Autour de ce match de boxe, « une histoire qui se construit sous les yeux du spectateur », écrivait Roland Barthes dans « Mythologies », Damien Odoul a conçu tout un dispositif (une affiche, une sculpture, une série de portraits des deux boxeurs, deux vidéos) qui plonge le spectateur dans un affrontement métaphorique. Aussi improbable que l’affiche Fabrice Bénichou versus Brahim Asloum, ces deux monstres de la boxe française ne se sont évidemment jamais rencontrés, le premier ayant raccroché les gants et n’officiant de toute façon pas dans la même catégorie que l’actuel champion du monde mi-mouche.

La dualité à l’image, l’un au short rouge tatoué, l’autre plus frêle, en short bleu, est simple. Le déroulement est identique : les deux boxeurs commencent par travailler leurs gestes sur un sac avant de combattre en face à face avec un miroir. Chacun tente d’anticiper ses propres coups, manière d’incarner littéralement le « je est un autre ». En les réunissant, Damien Odoul offre aux spectateurs un combat sans baston, de pure stratégie et technicité. Et met en avant non leur musculature, mais l’observation, la colère, les assauts rapides qui montent pendant un round…. La panoplie des coups (crochet, uppercut..) de l’un complète, par le truchement de la vidéo, les gestes d’esquive et de défense de l’autre. Ce duel fictif a tout du réel tant l’artiste focalise l’attention sur la retranscription des comportements et attitudes adoptés par ces deux athlètes. Alors même que les deux reflets s’opposent, le spectateur en oublie peu à peu le miroir. Et s’il ajoute « lymphatique » au titre, c’est sans conteste pour jouer sur les contraires, et soulever une autre opposition que la seule activité de ces deux combattants, mués par une tension nerveuse palpable dans les vidéos.

 

"Damien Odoul, cinéaste, poète et plasticien" - Circulation Res Reï, le journal des plasticiens, Marie-Cécile Burnichon, 2009
http://res.rei.over-blog.com/article-30540956.html

Printemps whitewall, Hélianthe Bourdeaux-Maurin, 2008

Cité échirolles, 2012